A propos

Oui, je le confesse : le titre de ce projet de voyage, et du futur livre qui devrait en résulter, rappelle furieusement le célèbre roman de R. L. Stevenson : « Voyage dans les Cévennes avec mon âne ». C’est tout à fait intentionnel. L’effet de rapprochement est désiré.

Faire rayonner le charme intérieur de la Côte Roannaise

Jean-Yves Loude

Jean-Yves Loude

Au départ, il y eut cette demande étonnante de la part d’un ami d’enfance, perdu de vue pendant quarante ans. Entre temps, j’étais devenu écrivain, voyageur, ethnologue. Jean Bartholin, mon ami retrouvé, s’était engagé en politique. Enseignant à l’origine, il était alors conseiller général, président d’une communauté de commune sur le territoire de la Côte Roannaise. Ce fut justement autour d’un ballon de Gamay, originaire de cette appellation, que l’affaire s’engagea. À Renaison, je crois, en juin 2009. Homme de terrain, d’échanges, de proximité, Jean aimait viscéralement ce terroir que le nom de Côte Roannaise ne suffisait pas à englober. Il m’expliqua la difficulté de définition.
Il y avait la montagne et la plaine, un balcon sur la Loire, de la forêt, de l’élevage, des vignes, des villages anciens plantés sur des élévations, un souffle de jadis qui caressait les pierres des édifices et traversait des ruelles tortueuses, des villages de caractère et un musée d’ethnographie régionale exceptionnel. Tout ça, plus des chemins qui flânaient à travers un paysage nonchalant, générateur de paix intérieure. Oui, et plus encore. Et pourtant, déplorait-il, cette région gardait un caractère caché, réservé ; elle mettait une sorte de timidité à se faire valoir. Elle avait ses initiés, amoureux inconditionnels, qui en connaissaient les moindres rassemblements de hêtres. Elle avait ses érudits qui retenaient la valeur de savoirs anciens avec le désir ardent de les communiquer aux générations Internet.Elle agrippait des visiteurs de passage en quête de retraite, et qui ne repartaient plus, séduits par une incontestable douceur.
Oui, mais vue de loin, des toits des grandes villes, cette Côte Roannaise, qui avait tant d’attributs pour plaire, ne rayonnait pas assez. À son goût. C’était regrettable. Voilà un territoire qui se cherche, me dit-il. Un territoire mal défini, dont les frontières ne coïncident pas toujours avec les réalités économiques, sociales ou culturelles.

Est-ce qu’un écrivain voyageur doublé d’un ethnologue pourrait aider un territoire à se trouver ?

J’entendis les mots : lien, définition des limites (dans le sens du périmètre, pas du repli identitaire), désirs d’ouverture, vivre ensemble, renforcer les cohésions, valoriser la diversité montagne-côte-plaine, imaginer une traversée, un trait d’union…
Ce furent les mots qui remplirent un verre, puis certainement deux.

Pourquoi pas un livre ?
Un livre de voyage.

Jean-Yves Loude

Jean-Yves Loude

Il y avait encore un argument décisif. Une bonne raison de suggérer l’intervention d’un écrivain. La Côte Roannaise détenait une carte décisive : Ambierle, village de caractère perché sur un pli de la Côte, aux maisons groupées serrées autour de son prieuré aux tuiles vernissées, arborait le titre de premier « village du livre » de la Région Rhône-Alpes. « Village du livre » était une appellation contrôlée accordée à une commune qui avait eu l’audace de miser sur la
reconversion de commerces traditionnels éteints en librairies. On vit ainsi des boucheries ou des ateliers devenir librairies de livres anciens, d’occasion, d’érudition, de raretés. On salua l’apparition de marchés aux livres à dates régulières. On se fixa des rendez-vous culturels à Ambierle, devenu pionnier d’une expérience limitée à huit villages en France.
La réponse sera donc un livre, un récit de voyage. En lenteur et douceur, comme l’exigent la nature profonde de cette région et une alternative à la brusquerie du monde global. Un déplacement attentif qui respecte le temps de la rencontre avec ceux qui détiennent la mémoire des lieux et avec ceux qui se penchent vers le futur, qui tracent des pistes économiques depuis ce territoire. Rencontre avec des enfants aussi. Avec une population.
Prévoir un voyage qui explore plaine, coteau et montagne. Qui traverse et rassemble les paysages. Qui donne du sens à l’objectif toujours espéré du « vivre ensemble ».
Bon.
Alors imaginons une aventure qui s’étale sur cinq semaines, qui revendique un luxe de jours à une époque d’accélération frénétique. Une marche à pied à la recherche de l’universel en Côte Roannaise, comme un pèlerinage spirituel vers Saint-Jacques de Compostelle, par monts et par vaux. Un voyage à la manière de Stevenson dans les Cévennes, avec un âne. Pour confirmer que la vie est un art qui dépasse le cadre abusif des écrans. On ferait le choix de l’alternative aux palpitations terrestres actuelles. En toute lucidité. Je précise.

Cinq semaines en Côte Roannaise, entre Jules Verne et Stevenson.

Il serait une fois un écrivain voyageur, Jean-Yves Loude, et sa compagne, Viviane Lièvre, ethnologue, photographe, tous deux repérés en Afrique sous les noms de Monsieur Lion et de Leuk Viviane. Avec eux, marche un ânier, Alain Jouve, par ailleurs kinésithérapeute et bourlingueur de surcroît, qui mène deux ânes. Les voici, tous les cinq, lancés sur les chemins à partir d’un des bords de Côte : Saint-Jean Saint-Maurice, village penché au-dessus de la Loire.
Point de départ. Ils auront cinq semaines pour rallier Ambierle en seize étapes. Partout où ils arriveront, ils seront accueillis par les communes pour procéder au plus fertile des trocs : l’échange des émotions du lointain contre les saveurs du plus proche.

Offrir des nouvelles du monde pour recevoir la connaissance d’ici. Soyons précis : Les ânes seront bâtés. Ils transporteront des livres : ceux des deux explorateurs qui témoignent de la vie en Himalaya, Afrique noire, îles atlantiques, Tibet, Lozère, Sahara ou Brésil. À chaque étape, une veillée est proposée aux habitants. À chaque veillée, un récit différent. Une narration ponctuée de musiques, de lectures et d’images.
Le lendemain, le don de paroles vient des habitants. Un ou plusieurs informateurs donnent à voir comment le passé s’est écrit entre ces murs, donnent à lire les manuscrits du temps et des pierres, mais aussi révèlent des initiatives présentes qui renouvellent la vitalité du cru. En effet, partout vivent ou ont vécu des figures, des caractères, des inventeurs, des rêveurs, des pionniers, des audacieux, des gardiens de mémoire…
L’écrivain note, l’ethnologue photographie. L’ânier est plus qu’un conducteur de bêtes, il est un personnage qui a ses mots à dire sur le monde qu’il a volontiers foulé et sur ce territoire auquel il appartient à présent.

Certains villages d’étape ont une école. Dans ceux-ci, la halte se prolonge, le temps d’une rencontre de l’écrivain avec les élèves qui auront lu un de ses romans pour la jeunesse. On voudrait obtenir l’effet d’une caravane en déplacement, qu’on attend et qui amuse les amoureux de la fantaisie. Les ânes seront admis dans la cour de récréation, et l’écrivain apportera sa grande malle dans laquelle il a remisé un grand nombre d’accessoires pour expliquer ses voyages et répondre aux questions des jeunes lecteurs. L’ânier parlera de ses ânes, très certainement, de ses voyages à lui.
Puis le trio et les deux ânes reprendront la route.
Ils auront toujours à leurs côtés, pour les accompagner d’une étape à l’autre, un habitant, connaisseur des chemins, un « lecteur de paysages » qui les aidera à saisir un détail, à comprendre une implantation, à réussir des croisements…
Les premiers auditeurs des veillées, si l’idée leur sourit, pourront se rendre aux veillées suivantes et grossiront les rangs des spectateurs d’un autre village. L’idée du feuilleton renforce l’image de « colporteurs » d’histoires rapportées de continents lointains et favorise le lien entre les habitants d’une même région. Elle permet aussi une implication de tous les acteurs dans la durée.

Car le projet s’inscrit dans le temps.
La dix-septième étape, la ville d’arrivée, est Ambierle, lieu de résidence d’écriture du récit. Pour plusieurs semaines encore : sept.
Les compagnons de route se sépareront après l’ultime veillée. Les ânes retourneront à leurs pâtures familières et Alain Jouve, le kinésithérapeute, à sa mission d’apaisement des tensions. Bientôt, les éditions Jean-Pierre Huguet entreront en scène pour la réalisation de la dernière étape : la publication du livre.

À vivre…

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Une Réponse to “A propos”

  1. Aurélie 21 juin 2012 à 12:33 #

    Eh ben dites donc c’est une sacré aventure que vous nous racontez là, il faut un sacré courage !

    Bonne chance
    Aurélie
    http://www.blogvoyage.net

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